Malgré des projets grandioses pour la société et épatants pour l'Humanité, la Grande École du Centrisme politique et philosophique avait fait long feu.

Tout avait commencé par un brusque incendie. Petite flammèche insignifiante, l'embrasement s'était rapidement étendu tandis que les maîtres, professeurs, directeurs, docteurs, essayistes et chercheurs débattaient de s'il fallait utiliser les extincteurs à gauche ou à droite du couloir ; et de pourquoi on n'avait pas installé de dispositif de sécurité au centre du corridor principal.

Espérant renaître de ses cendres tel un phœnix de feu et d'eau, l'École s'était alors dotée d'un comité central apte à trancher quand les situations l'exigeaient. Il avait fallu plusieurs années et des discussions houleuses avant d'en arriver là. Occupé par des centristes dogmatiques, ce bureau ne réussit à prendre qu'une seule décision de toute son existence, celle d'aller tout droit, bien au centre quand l'autocar qui le menait à un colloque du mouvement des Positivistes Absolutistes se trouva face à une fourche. Personne ne su jamais ce qu'il advint exactement du groupe mais surtout du véhicule qui était seul à avoir de la valeur.

Dans un ultime soubresaut, la Grande École du Centrisme dépêcha ses membres restants pour évaluer un conflit séculier qui virait aux crimes de guerre. Écoutant chaque parti, ceux qui prônaient le massacre total et ceux qui refusaient les homicides généralisés, les Centristes arbitrèrent en déclarant que la meilleure solution était le meurtre de quelques individus seulement. Les tenants du carnage, apparemment plus réceptifs au débat, commencèrent par assassiner les derniers philosophes et politologues centristes. Dans leur élan, les mercenaires reprirent leur génocide en adoptant une technique qui consistait à abattre leurs victimes en tirant toujours au centre du crane. Le Centrisme n'avait pas été entièrement vain.